Les 3 piliers de la retraite suisse
Le système de prévoyance suisse repose sur trois piliers complémentaires. Le 1er pilier (AVS) est la rente de vieillesse étatique, obligatoire pour tous les travailleurs ayant résidé ou travaillé en Suisse. Le 2ème pilier (LPP / caisse de pension) correspond à la prévoyance professionnelle, obligatoire pour les salariés dont le revenu annuel dépasse 22’680 CHF (seuil 2026). Enfin, le 3ème pilier regroupe l’épargne privée individuelle, avec le pilier 3a (lié, fiscalement avantageux) et le pilier 3b (libre).
Aucun de ces versements n'est automatique. Vous devez effectuer les démarches vous-même, en respectant des délais précis.
Récupérer sa rente AVS (1er pilier)
Qui peut en bénéficier ?
Toute personne ayant cotisé à l’AVS en Suisse peut prétendre à une rente de vieillesse AVS, sous réserve d’au moins une année complète de cotisations. L’âge de référence est fixé à 65 ans pour les hommes et les femmes (suite à la réforme AVS 21). En 2026, la rente mensuelle s’échelonne entre 1’260 CHF et 2’520 CHF selon le revenu moyen cotisé (selon l’échelle 44).
Une retraite anticipée est possible au maximum 2 ans avant cet âge (dès 63 ans), mais elle entraîne une réduction définitive et permanente de la rente : de 3.4 % pour 6 mois d’anticipation, 6.8 % pour 1 an, 10.2 % pour 1 an et demi, et jusqu’à 13.6 % pour 2 ans. À l’inverse, ajourner sa rente jusqu’à 70 ans permet d’en augmenter le montant.
Comment faire la demande ?
La demande n’est pas automatique et doit être déposée 3 à 6 mois avant votre date de départ à la retraite.
Si vous résidez en Suisse, adressez-vous à la caisse de compensation auprès de laquelle vous avez versé vos dernières cotisations. Si vous résidez à l’étranger, c’est la Caisse suisse de compensation à Genève qui centralise et traite les demandes.
Départ définitif de Suisse : remboursement des cotisations AVS
Dans certains cas, il est possible de se faire rembourser les cotisations versées à l’AVS plutôt que de percevoir une rente future. Cette option concerne les personnes qui ne sont pas de nationalité suisse et qui s’installent définitivement dans un pays hors UE/AELE ou dans un pays sans convention de sécurité sociale avec la Suisse, et qui n’ont pas droit à une rente exportable.
Sont remboursées les cotisations personnelles et patronales (environ 8.4 % à 8.7 % du salaire brut), sans intérêts. Les cotisations à l’AI, à l’APG et à l’AC ne sont pas concernées. Le remboursement est définitif et irrévocable : il met fin à tout droit futur aux prestations de l’AVS et de l’AI pour les périodes concernées.
La demande doit être adressée à la Caisse suisse de compensation à Genève, idéalement au moment du départ, accompagnée d’une attestation de départ définitif. Le droit se prescrit par 5 ans après le départ.
Calculer mes prestations retraite AVS
- Vous pouvez demander un calcul anticipé de votre rente auprès de l'AVS.
- Estimez le montant de votre rente AVS en ligne
Récupérer son 2ème pilier (LPP)
Quand peut-on le percevoir ?
La plupart des caisses de pension permettent un retrait dès 58 ans dans le cadre d’une retraite anticipée, avec un taux de conversion réduit. Le retrait ordinaire intervient à 65 ans.
Rente ou capital : un choix irrévocable
À la retraite, vous pouvez percevoir votre 2ème pilier en rente ou en capital, et ce choix est définitif.
La rente viagère garantit un revenu à vie, indépendamment de votre longévité ou de l’évolution des marchés. Avec un capital de 400’000.00 CHF et le taux de conversion légal de 6,8 % (part obligatoire), vous percevriez environ 27’200.00 CHF par an.
Le retrait en capital offre davantage de liberté : rembourser une hypothèque, investir, préparer une succession. En contrepartie, vous assumez seul la durabilité de votre épargne sur 25 à 30 ans.
Selon la loi, vous pouvez retirer au minimum 1/4 de l’avoir obligatoire en capital. Certaines caisses autorisent un retrait total. Veuillez consultez votre règlement pour le savoir.
Départ vers un pays hors UE/AELE
En cas de départ définitif vers un pays hors de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen, il est possible de retirer la totalité de l’avoir LPP (part obligatoire et surobligatoire) en capital.
Départ vers un pays de l'UE ou de l'AELE
Pour un départ dans un pays membre de l’UE ou de l’AELE, les règles sont plus restrictives : seule la part surobligatoire peut être retirée en espèces. La part obligatoire doit rester sur un compte de libre passage en Suisse jusqu’à l’âge de la retraite.
Comment faire la demande ?
Contactez votre caisse de pension au moins 6 mois à 1 an à l’avance. Passé ce délai, le droit au versement en capital peut être perdu. L’accord écrit du conjoint est obligatoire.
Et les avoirs de libre passage ?
Si vous avez quitté un employeur sans partir immédiatement à la retraite, votre capital a probablement été transféré sur un compte ou une police de libre passage. Ces avoirs peuvent être retirés dès 58 ans. Si vous avez un doute sur l’existence de tels comptes, vous pouvez effectuer une recherche gratuite via notre formulaire.
Si vous n’avez pas encore atteint les 58 ans et que vous ne travaillez plus en Suisse, vos avoirs LPP devront en principe être versés sur un compte ou dépôt de libre passage. Dans tous les cas, il est essentiel de comparer les comptes de libre passage à faire de faire le bon choix.
Récupérer son 3ème pilier
Pilier 3a (prévoyance liée)
Les avoirs du pilier 3a peuvent être retirés lors du départ définitif de la Suisse. Le retrait s’effectue sous forme de capital unique, imposé à un taux préférentiel.
Pour limiter la charge fiscale, il est conseillé d’échelonner les retraits sur plusieurs années en ouvrant plusieurs comptes 3a distincts (ce choix ne peut être fait qu’à l’ouverture du compte). Le canton de domicile de la fondation de prévoyance fera foi pour le calcul de l’impôt.
Pilier 3b (prévoyance libre)
Le pilier 3b n’est pas soumis à des conditions d’âge strictes. Un retrait anticipé peut toutefois entraîner des pénalités selon le contrat. Lorsque le contrat remplit les conditions légales de prévoyance, le capital versé à l’échéance est exonéré d’impôt sur le revenu.
Cas particulier : les frontaliers français
Pour la rente AVS
En vertu des accords bilatéraux franco-suisses, les frontaliers résidant en France doivent déposer leur demande auprès de la CARSAT de leur région. Celle-ci établira un formulaire européen E202 transmis automatiquement à la Caisse de compensation suisse. Les périodes travaillées des deux côtés de la frontière sont prises en compte, et chaque pays verse la fraction de pension qui le concerne.
Pour le 2ème pilier : une fiscalité cumulée à anticiper
- L'impôt à la source en Suisse, variable selon le canton
- L'imposition française : soit un prélèvement forfaitaire de 7,5 % après abattement de 10 % (option irrévocable), soit l'intégration au barème progressif avec le mécanisme du quotient
- Les prélèvements sociaux : environ 9 % pour la majorité des contribuables
- Une éventuelle cotisation CNTFS/CMU : si vous êtes affilié à la CMU, le capital retiré entre dans l'assiette de calcul des contributions, avec un impact décalé de 2 ans
Sur un capital de 200’000 CHF, la charge fiscale et sociale totale peut ainsi atteindre 30’000 à 35’000 CHF selon la situation. Ce cumul est souvent sous-estimé : une planification en amont est indispensable.
Planifiez votre retraite avec Invexa
Questions fréquentes
Non. Que ce soit pour l’AVS, le 2ème pilier ou le 3ème pilier, vous devez effectuer une demande active dans les délais impartis. Sans démarche de votre part, aucun versement n’interviendra.
Oui. En vertu des accords bilatéraux, les droits acquis dans chaque pays sont calculés et versés séparément. Vous percevrez une rente de chaque régime en proportion des années cotisées.
Dès 58 ans, si le règlement de votre caisse de pension le prévoit. Chaque année d’anticipation réduit cependant le taux de conversion et donc le montant de votre rente.
Si vous avez des doutes sur l’existence d’avoirs LPP ou de comptes de libre passage oubliés, vous pouvez effectuer une recherche gratuite via Invexa.
Le plus tôt possible. Dès 40 ans, un bilan de prévoyance complet est recommandé pour identifier les lacunes et planifier les rachats dans la caisse de pension. Dès 50 ans, il est temps de simuler les montants précis et d’étudier les stratégies fiscales de retrait.

